Les chroniques de l'Antemonde

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 Hilizil Oon'is

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Elseneur

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MessageSujet: Hilizil Oon'is   Jeu 26 Déc - 17:34




Nom : Oon'is
Prénom : Hilizil ( "Le millier de vagues" en vieil elfique)
Surnoms : Hizi
Race : Elfe
Âge : 106 ans (équivalent : 17 ans, mais se donne l'air plus âgée)
Sexe : féminin
Métier : Actuellement musicienne et conteuse de rue
Croyances : Après un long moment à souligner qu'elle n'était guère religieuse, elle semble désormais se rapprocher de la Seldarine. Mais le mieux est encore de lui demander


Description :

La silhouette est petite, même pour une elfe. Si elle atteint le mètre quarante, c'est qu elle triche. Très fine et juvénile, sa blancheur accentue encore cette impression.

Quelle délicate demoiselle que cette créature de nacre rosée aux cheveux d'or pâle...

Mais sa voix est plus grave qu'on ne s'y attendrait, parfaitement modulée. Et sous l'arc double des calmes sourcils, le regard, d un vert aquatique, laisse percer une grande intelligence et quelque chose de légèrement irrévérencieux.


Particularités :

Taille : 1m38
Poids : oscille entre 34 et 37
Couleur des yeux : Vert d'eau
Couleur des cheveux : blond pâle
Grain de beauté sous l’œil.  Paume de la main gauche balafrée. Tatouage sur la nuque en forme de manta avec un visage au centre. Mais les cheveux le cachent en grande partie. Ses hanches portent des écailles de poisson colorées, argent et bleu avec des touches d'or et de rouge corail
Porte en permanence une perle baroque à la nacre légèrement dorée sur un simple cordonnet de cuir.


Dernière édition par Elseneur le Lun 10 Fév - 16:04, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Hilizil Oon'is   Jeu 26 Déc - 17:46

Lorsqu’elle quitta finalement le manoir, il faisait déjà nuit. Elle n’avait pris que quelques affaires. Sa tante aurait préféré qu’elle attende l’aube, mais la jeune fille n’avait pas voulu. Tout au plus avait elle accepté l’escorte d’un jeune pêcheur que sa compagnie embarrassait. « Il doit connaitre ma réputation » pensa la jeune elfe et elle se fit la remarque que, dans d’autres circonstances, elle en aurait volontiers « fait son quatre heure ».

Cette pensée joyeuse ne dura pas. Bientôt, le silence de la route la força à regarder en face sa situation. Elle était en fuite. Elle ne reverrait jamais Alban. C’était même le but. Il le fallait.

La nécessité n’a rien d’une consolation.

Il fallut quelques jours pour rallier Daerlune, et presque autant pour Urmlaspyre, durant lesquels l’elfe ne décrocha pas trois mots d’affilée. Hilizil avait décidé de quitter carrément son pays, de peur qu’Alban ou Elim ne la retrouvent trop aisément. Elle congédia son jeune garde du corps, non sans lui octroyer de quoi rentrer sans souci. Puis elle arpenta les rues de la ville. La déprime la gagnait

Elle n’était pas seule depuis une heure qu’elle fut violemment tirée en arrière par une poigne décidée.

« Alban ? »

Une part d’elle en était soulagée : il l’avait suivie, il tenait donc à elle.
« Comment as-tu pu me laisser seul ? »

Suivit la longue litanie des remarques désobligeantes et culpabilisantes. Hilizil apprit donc qu’elle était manipulatrice, hystérique, qu’elle faisait une montagne de tout. Les autres ne comptaient pas et elle le rendait malheureux comme une pierre. Que de toute façon elle était nettement moins belle, moins fraiche…
Coincée dans une ruelle, l’elfe était bien forcée d’écouter ce pitoyable exercice de style et de mauvaise foi. Elle adoptait un air d’indifférence étudié. Intérieurement, elle avait surtout l’envie de lui en coller une. Chacun de ses mots douloureux la confortait dans sa décision, alimentait sa rage. Elle tachait cependant de rester maitresse d’elle-même et de patienter jusqu’à ce qu’il se taise.

« Dès qu’il me lâche, je cours . »

Mais il ne la lâchait pas. Il la tira à nouveau.

« Mais qu’est ce que tu fais ?
- Je te ramène..
- Non. »


C’était un « non « catégorique et calme, quoiqu’une oreille attentive y aurait perçu une nuance inquiétante. Alban tourna son visage vers l’elfe. Il semblait en proie à une rage indicible. Il avait toujours aimé avoir le contrôle sur les autres et sur les événements.

« Comment ça « Non » ?
-Alban. Tu n’as pas compris : je t’ai quitté. »


Il y eut un blanc avant qu’il ne la gifle violemment. La jeune elfe vacilla avant que d’être à nouveau solidement saisie, les mains tordues dans le dos. La douleur la traversa…

Hilizil n’avait jamais usé de ses dons de barde, hormis pour s’amuser. Elle n’avait aucune idée de leur ampleur, ni de ce qu’il convenait de faire. C’était l’instinct, l’instinct et la colère qui lui firent pousser un cri… Un cri qui n’avait rien de « normal », saturé de magie bardique mal maitrisée, mais qui suffisait à amplifier un aigu déjà insupportable. Si bien que son agresseur porta ses mains à ses oreilles, plié en deux sous la douleur avant que, dans un mouvement de colère, l’elfe ne le pousse violemment.

La tête de l’homme heurta la marche d’un perron. Il ne se releva pas. Un filet de sang s’échappait sous sa nuque et commençait à former d’étranges motifs entre les dalles de pierres. Même sur Toril il y a des morts idiotes, des morts bêtement naturelles et absolument pas spectaculaires. Telle fut la mort d’Alban De Liel. Sans intérêt.

Mais pour celle qui avait un temps cru être sa compagne, ne pas le voir se relever fut comme la fin d’un monde. Des bruits de voix qui se rapprochaient la fit émerger de sa morbide contemplation. Elle comprit que son cri avait ameuté du monde. Ses pensées se succédèrent à une vitesse folle : Elle, une fille de bonne famille du Cormyr, impliquée dans la mort d’un homme, un noble, en pleine Sembie, avec son passé…

Elle se mit à courir. Elle ne s’arrêta pas avant que d’arriver au port. Elle s’entendit négocier un tarif pour….pour n’importe ou, en fait. Tout lui donnait l’impression d’irréalité. Le choc était violent. En attendant que le navire parte, elle erra un peu sur le port…

« Ca va Mamzelle ? »


Elle venait de rendre tout le contenu de son estomac sur les pavés. Elle rassura le matelot et se redirigea vers le navire avec l’impression de n’avoir aucun contrôle sur ses pas, ses gestes, ses pensées. Alban lui manquait. Une peine dont elle ne comprenait pas l’ampleur l’envahit.

Elle prit le temps de pleurer un peu.

                                                                ***
Un an plus tard.

Elle avait fait payer au gros tas ses prétentions et son chantage, mais elle n’y survivrait peut être pas. Son flanc  lui semblait brûler. Le poison ne la tuerait peut être pas : elle était elfe, après tout. Mais la blessure était mal située. Si elle n’avait pas été si faible…Pas assez rapide. Pas assez expérimentée dans l’art du combat. Ariste n’avait pas toujours été un obèse libidineux. Il avait de beaux restes et seule la chance l’avait aidée à l’exécuter.

Quelle folie d’avoir voulu revenir ! Mais elle avait eu besoin de vérifier que tout allait bien pour les rares personnes qu’elle aimait. Et elle avait espéré qu’un an aurait fait oublier ses frasques. Elle avait su se débrouiller seule, jusqu’à maintenant. Elle arrivait à gagner son pain grâce à ses contes et ses chants. Elle avait été parfaitement heureuse de cette vie dangereuse mais libre. La plupart des gens laissaient les bardes en paix car  ceux qui peuvent vous faire oublier un instant vos soucis sont précieux. Qu’importe qu’ils dérangent un peu.

Si elle était encore débutante dans son art, elle était prometteuse. Elle ressentait vaguement qu’elle avait de grands pouvoirs à développer. Mais une barde sans mentor ne peut apprendre que plus lentement.

Tous ces dons, tout ce brillant avenir foutu en l’air d'un coup de dague ! C’était trop bête. Elle se sentit partir…

Blanc… Oubli de tout. Elle devrait être morte. Pourquoi n’est elle pas morte ? Que sont ses vêtements ? Et ou est passée la blessure qui aurait du la tuer ?

Ou donc est elle ?
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MessageSujet: Re: Hilizil Oon'is   Lun 30 Déc - 12:20

Elle jeta son barda sur le lit.

La chambre était la plus petite de l’auberge mais jouissait d’un avantage non négligeable : une vaste bibliothèque. Ca avait probablement été, autrefois, le petit salon d’une suite plus vaste.  Le lit était petit, mais encore trop grand pour l’actuelle occupante qui, de toute façon, ne s’en servait  guère, hormis quand elle avait de la visite. Le genre de visite qui rend un lit nécessaire. Elle aimait l'impression d'intimité, de petit nid simple qu'elle dégageait.

C’était donc une chambre parfaite pour Hilizil Oon’is.  Elle réfléchissait sérieusement à voir si un échange de bon procédé avec le tavernier était possible, genre avoir cette chambre pour elle seule contre l’animation de son auberge une ou deux fois par semaine. Ce n’était pas forcément la solution la plus économique ( elle gagnait souvent assez d’or pour s’en payer dix sur une seule soirée) mais c’était celle qui pouvait la délivrer de se soucier s’il y en avait une de libre. Non pas qu’elle rechignait à se trouver une grange, mais à la longue, c’était pénible.

Le bain fut un délice. Elle eut l’occasion de faire disparaitre enfin les tensions qui l’habitaient. Du moins pour ce qui était de ses muscles endoloris qui avaient rarement été aussi sollicités que ses dernières semaines. Oui, même pour sa pratique (intensive) de la natation). Elle chassa de son esprit les souvenirs récents et se concentra sur l’essentiel : sa toilette.

Une fois que la servante de l’auberge eut remmené le baquet,  elle se mit à l’aise enfilant un déshabillé qui méritait particulièrement bien son nom et se cala, ses jolies jambes croisées, dans le vaste fauteuil de cuir craquelé. Pui elle prit le rouleau de parchemin et commença à l’étudier.

Elle se sentait redevable envers Ragnar. Elle se sentait redevable envers Justine. Elle se sentait déjà redevable envers beaucoup de monde, en fait.

Certains penseraient « pourquoi le relire ? Ce sont vos souvenirs ? »  A quoi elle répondrait « ce sont mes souvenirs débarrassés du stress et des émotions qui les déforment. » Les émotions étaient très utiles pour créer une œuvre d’art. Pas pour élaborer une pensée analytique.  Elle étouffa l’excitation ressentie quand un début de piste se forma dans son esprit. Un sage avait dit qu’une pensée scientifique guidée par le souffle de l’intuition est l’une des choses les plus puissante au monde*. Or, Hilizil était une artiste et par conséquent imaginative et intuitive. Elle savait cependant que l’imagination est source d’erreur quand on ne la canalise pas assez. C’était son outil et quand un outil s’emballe, on le bride.

C’était une piste. Mais pas forcément la vérité. Il fallait rester ouverte à toute autre possibilité. De la méthode, de la méthode, de la méthode. Et pas toute seule.

Puis elle entra en rêverie.

____________________________________________________________________________
HRP : *Je ne trouve plus la référence mais je crois que c’est Paul Klee
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MessageSujet: Re: Hilizil Oon'is   Mar 31 Déc - 11:12

Les pistes se suivaient et se révélaient toutes fausse..  Elle nota cependant quelques bizarreries qu’il lui faudrait élucider… Et puis, toutes les options n’avaient pas été explorées. A la rigueur, que le paladin s’agite dans tous les sens et que le vampire possède Emma avait, comme tout mal, son bon coté : Il ferait probablement moins attention à elle.

Elle prit conscience de ce qu’elle était le grain de sable dans une mécanique bien huilée.  Et ce grain de sable devait la jouer fine. Pas sûr qu’elle y parvienne. Était-elle assez maligne pour percer à jour le piège qu’elle subodorait ? Les vampires n’étaient pas exactement des débutants dans l’art tordu de la manipulation. Il fallait penser comme eux, comme des prédateurs. Ce qui ennuyait un peu Hilizil, c’est qu’elle était parfaitement capable d’y parvenir. Était-ce si étonnant ? N’était elle pas elle-même un  monstre ?


***

Il n’y avait plus rien d’autre à faire que réfléchir. Alors ils allèrent s’entrainer. Il s’agissait d’être prêts quand il faudrait se battre.

Etait ce le danger omniprésent ? Elle sentait  ses dons  s’amplifier et changer. Quand on doit réagir vite, les inhibitions tombent.  La jeune elfe se sentait perturbée par la (re)découverte de l’aspect le plus dangereux de son pouvoir. Sous une harmonique précise, les vibrations soniques devenaient de vraies armes offensives et non plus un soutien pour ses alliés. C’était une chose de tuer d’une bille ou par l’aigue d’une lame, c’en est une autre de sentir qu’on pourrait en faire autant en chantant. Bien sur, elle avait entendu parler de telles choses. La musique comme une arme, cela faisait vaciller quelques certitudes. Une part non négligeable de ses souvenirs en fut chamboulée…

Alban… c’était vraiment elle qui l’avait tué.  A nouveau la conviction de sa monstruosité lui étreignit le cœur. Mais elle se reprit. Elle s’était défendue et  ces dons  étaient utiles. La part la plus pragmatique, la plus froide, étouffa ses scrupules et tâcha de calmer le bouillonnement de ses émotions. Peut être était elle une vérole, mais elle était une vérole utile, une protectrice.

Elle allait s’atteler à devenir celle à laquelle on ne s’attend pas.
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MessageSujet: Re: Hilizil Oon'is   Jeu 2 Jan - 0:13

Memento mare

Car je suis de la mer…
Fille des aigues rocs et du vent salin
Mon cœur s’est nourri des histoires de marins
Je dirais quelque jour les rythmes du ressac
Les tempêtes hurlantes lorsque le bois craque
Que vire, volte et vont les sables piquetant
Les volets des maison, les portes et les bancs

Car je suis de la mer
Il ya de quoi chanter dans les contes du large
Sur tous ces capitaines arrivés jusqu’aux marges
Des contrées reconnues , là ou vit le kraken
Ou s’en viennent nicher les splendides sirènes
Et ou les grands serpent ondulent à fleur de flots
Merveilleuses terreurs au-delà de nos mots

Car je suis de la mer
L’eau salée suit le cours du dessin de mes veines
Je navigue au jugé Sur des flots qui me mènent
Je ne sais ou encore mais j’y vais pourtant bien
Peut être au fond des eaux des abysses sans fins
Ou au-delà des rêves, au-delà des sept mers
Loin de la pesanteur qui gouverne les terres

Car je suis de la mer.
Car je suis de la mer.
Car je suis de la mer…
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MessageSujet: Re: Hilizil Oon'is   Ven 3 Jan - 17:25

Roulée en boule sur le fauteuil, les yeux grands ouverts. Ça n’était pas passé loin.

La gentillesse de Justine avait marqué la barde. C’était injuste, trop injuste. Pourquoi les gentilles filles devaient elles mourir quand une créature comme elle survivait ? Pourquoi fallait il que les Justine se fassent écrabouiller ?

Elle connaissait la réponse. Mais elle ne lui plaisait pas. Et c’était que les Justine n’apprenaient pas à se méfier des autres. Elles ne s’autorisaient pas à envoyer chier les importuns, ni à user d’un couteau. Les Justine étaient conditionnées à être sages, sous la protection de leurs pères, de leurs frères ou de leurs hommes. Et quand par inadvertance l’un d’eux n’était pas là, ou quand il faillissait, elles étaient irrémédiablement condamnées.

Pas de pitié pour les doux, disait le monde. Pas de pitié pour ceux qui ne savent ni cogner, ni ruser. Pas de pitié pour ceux qui ne savent pas se salir un peu. Qui sait le prix à payer s’en sortira en vie, même si c’est avec le goût de la pourriture dans la bouche. Même cassé, on peut encore accomplir des choses. Morts, la partie est joué.

Mais Justine avait quand même accompli quelque chose : Elle lui avait sauvé la vie. Et elle n’avait pas pu la sauver. Tout au plus avait elle pu, si Ophélie avait été réglo,  lui éviter l’horreur de la possession…  Mais sans Justine jamais elle n’aurait pu…

Qui était faible de celle qui avait sauvé une vie ou de celle qui n’avait rien pu faire ?

Il y avait des limites à ce qu’elle était capable d’encaisser.  Le fil froid de l’âme noircie d'Ophélie qui entre en elle… le non contrôle absolu de son propre corps… une sensation abominable. La tentation de redevenir une épave, lourde comme l’enclume du forgeron, la lançait comme une vieille blessure. Ça s’était joué à peu de choses…

Oui elle avait failli replonger. Mais finalement, elle s’en était sortie. Quelque chose de doux lui réchauffa le cœur en y repensant.

Mais sa dette envers Justine n’était pas payée. Elle se dit qu’il n’y avait pas trente six mille manières de faire en sorte qu’elle le soit tout de même : elle devrait veiller sur le paladin. Et la Seldarine savait qu’il en aurait besoin.
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MessageSujet: Re: Hilizil Oon'is   Sam 4 Jan - 0:12

Les dentelles d’écumes
Lentement se déchirent
A travers la brume
Que le matin respire
Les rocs de la crique
Boivent la fleur de sel
Le long des rives antiques
Des falaises de Suzail

Les mouettes se projettent
Au milieu des embruns
Leur rapides silhouettes
Y volètent sans fin
Le peu de lumière
Qui irradie le ciel
Magnifie la mer
Les falaises de Suzail …

L’océan se fait dur
Comme il l’est dans le nord
Quand le marin trop sûr
Risque un coup du sort
Il frappe alors les rocs
de sa force, de son fiel
Les oiseaux s’en moquent
Aux falaises de Suzail

Les vagues s’y acharnent
Impitoyablement
Les rocs se décharnent
Inexorablement
Comme les années passent
Ridant les fronts mortels
Les rives aussi trépassent
Aux falaises de Suzail

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MessageSujet: Re: Hilizil Oon'is   Lun 6 Jan - 8:17

Une gageure, un pari. Avait-elle raison de le tenter ? Surtout sur des bases aussi mouvantes, sensibles….sensitives mêmes. Lui prétendait être rationnel. Mais qu’y a-t-il de rationnel dans la confiance ? Elle tournait autour de lui comme on tourne autour du pot, se livrait trop, pas toujours aux bonnes personnes, peut être, et n’agissait plus de façon cohérente.

Trop loin était insupportable. Trop proche était dangereux. C’était une question de distance, de zone de confort.  Elle le lui avait dit.

Pourtant elle lui avait fait confiance. Elle était partie, sur cette unique base jusque, dans cet enfer. Car sa propre raison lui soufflait que c’était une folie, alors qu’elle venait de vivre une épreuve difficile. Il ignorait ce qu’elle lui devait, d’ailleurs. Car ce qui avait été dit avait été déterminant. Puis la victoire, inattendue, enivrante, l’avait purgée de sa colère. Epuisée, elle n’avait pas pu retenir un geste…

L’elfe se mira longuement, observant ce visage dont on lui disait qu’il était beau. Elle voyait pourquoi mais n’en subissait pas le charme. Pour elle, ce n’était que son visage, héritage d’une morte  de qui elle avait toujours voulu se démarquer. Ces atermoiements auraient pu être ceux d’Idril. Sa fille en concevait une forme de honte. Elle n’aimait pas sa vulnérabilité dont  le prix lui semblait trop lourd. Il lui fallait, coûte que coûte, garder le contrôle. Mais c’était plus facile avant. Et ce n’était déjà pas de la tarte !

Le doux poison qu’est l’espoir ! Ne devrait-elle pas le tuer dans l’œuf ? Le pouvait-elle seulement ? Il ya des limites à ce que peut accomplir la volonté. Voilà qu’elle était piégée entre ses peurs et ses désirs avec pour seul guide une raison vacillante et des émotions qui s’affolaient , affleuraient, se dissimulaient de plus en plus mal. Foutu masque !

"Il n’est de plus doux enfer."
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MessageSujet: Re: Hilizil Oon'is   Mer 8 Jan - 14:21


« Ce n’est  pas comme si il avait réellement besoin d’être accordé. »

A son arrivée dans la maison Oon’is, il ya plus de 55 ans, la première chose que Monsieur Humbert, compositeur et « musicologue »* distingué  s’était évertué à apprendre à  sa jeune élève avait été le respect de son instrument. Ca avait été fastidieux, comme cela l’est souvent avec les petits musiciens débutants. A la différence que Hilizil était alors une talentueuse débutante à qui sa tante avait déjà transmis beaucoup de choses en matière d’art musical.  A la grande joie du maitre de musique qui avait perdu l’habitude de former de vrais musiciens plutôt que de jeunes gens à marier.

Doit-on préciser que Monsieur Humbert était un remarquable professeur ? Oui ? C’est donc précisé. Les leçons  avaient été retenues

Lorsque la jeune elfe avait vu le luth, recouvert de crasse laissé là, sur le pavé, comme un rebut dont on ne voudrait pas,  quelque chose de l’élève de Monsieur Humbert resurgit en elle.  Et ce d’autant plus qu’elle avait entendu le son de l’instrument. Qu’après tout ce temps il soit resté si pur en disait long sur sa qualité. Elle en avait un peu voulu à Michel de se laisser aller ainsi à le maltraiter ainsi. Elle se força à lui trouver une excuse : la déception. Mais tout au fond d’elle, son jugement était implacable : cela n’était pas « pro » du tout ! Bien sûr, elle n’émettrait pas ce jugement à haute voix.

Elle l’avait donc ramassé. Même couvert de crasse et le bois semblant par endroit avoir souffert de l’humidité, la facture remarquable se voyait.

Durant l’année passée sur les routes, Hilizil avait énormément appris quand à la façon dont on prend soin de  son matériel.  On ne trouve pas aisément un luthier quand on va de villes en villes et surtout ...on n’a pas forcément les moyens. Donc, hormis pour les réparations importantes qui demandent clairement l’intervention  d’un professionnel, on se débrouille.

Le luth, qui avait déjà meilleure mine après avoir été nettoyé au chiffon doux, fut donc intégralement démonté.  Ce qui permit à la barde d’avoir une meilleure vue sur les dégâts. Elle savait qu’il marchait, ce n’était pas la question : Il fallait ne pas laisser une avarie mineure s’aggraver, voilà tout.

A sa grande surprise,  il s’avéra que ce serait bien moins difficile que prévu : le bois n’avait pas tant souffert que ça, le vernis avait bien fait son office de protection. Les parties métalliques furent brossées pour les débarrasser de l’oxydation  (bien moins grave qu’elle n’aurait cru aussi) et par bonheur, pas de moisissures. Le taches qu’elle avait vu était d’avantage de la saleté incrustée qu’elle n’avait pu faire disparaitre. Eut égard à la finesse des gravures, poncer était inenvisageable. Il faudrait procéder en douceur. Elle alla se chercher une tasse de thé. Souverain sur le bois vernis et peu agressif.

Trois heures plus tard, le luth remonté avait l’air quasiment neuf et les quelques pets discrets vernis. Il  avait été lustré à la peau de chamois.   La barde n’avait pas touché les cordes, la part de l’instrument qui lui était la moins habituelles et qu’elle ne maniait qu’avec d’extrêmes précautions. Elles restaient en place d’une façon remarquable. Et leurs propriétés les rendaient uniques. Elle se demandait si ça se changeait ? Probablement pas.

Oui,  Ce n’était  pas comme si il avait réellement besoin d’être accordé. Ce dont il avait besoin, c’était d’une propriétaire susceptible de le traiter avec tout le respect et l’amour qu’il méritait.

L’elfe caressa du bout des doigts les cursives elfiques dont la calligraphie faisait écho aux délicates arabesques ornementales.  Dans le contexte actuel, elle sonnait comme une prophétie, presque comme un cri de guerre. Elle soupçonnait que c’était cela le vrai pouvoir du luth. Celui de raviver l’espoir, entre les mains de ceux qui sauraient le comprendre…

C’était l’espoir qui faisait s’abattre des murs.

« Et voici le retour du luth arc en ciel.  Dans les ténèbres qu’il perce,  son chant va s’élever. Et sur le sang de la dame qui coule dans mes veines,  il en est qu’il fera trembler. »
___________________________________________________________________________________________________________________________________

*Ce charmant et placide monsieur devait se faire un nom plus tard dans son domaine à la cours de Suzail, malgré le fait de ne pas être barde.  Sur sa carte de visite il y avait « oreille absolue » Et c’était vrai.
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MessageSujet: Re: Hilizil Oon'is   Jeu 9 Jan - 8:35

Colère !

Parfois elle n’est pas mauvaise. Parfois, elle maintient debout. Après la gifle,  après son départ, elle s’était effondrée comme s’effondre un château de cartes.

Mais elle n’était pas de celles qui meurent d’amour. Elle refusait de l’être. Le désir de vie était violent en elle. Et quand l’intense chagrin se heurte de front au désir de vivre à n’importe quel prix se creuse une tempête.

Il y avait souvent une tempête en elle.

Elle l’avait faite le maudire. Le chagrin l’avait fait hurler sous l’eau avant que de s’apaiser  et de se cristalliser en glace dure.

Ca avait un bon coté : les choses étaient claires. Elle aurait du le faire elle-même, depuis longtemps. Elle aurait du se protéger. Elle aurait du rester sur cet instant de lucidité, qu'elle avait eu face à  Emma. Mais elle avait cédé à la sirène.

Il était temps de reconstruire son masque. Il était temps de vivre pleinement à nouveau. Elle devrait ne pas flancher, rester impitoyable envers elle-même et se reconstruire patiemment, bout de glace après bout de glace et garder les vibrations de son âme pour les seules choses qui comptaient vraiment.

Son art, sa guerre.
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MessageSujet: Re: Hilizil Oon'is   Sam 11 Jan - 13:20

Elle n’aimait pas être jalouse. Elle n’aimait pas sa colère et la violence larvée. En ce sens, elle était ravie de ce bal qui lui donnait l’opportunité de penser à autre chose.

Et bientôt, elle ne pensa plus qu’à ça. Le stress l’envahit. Le trac lui nouait les tripes au point que son dernier repas datait de la veille : elle n’avait pu avaler quoique ce soit.

Elle s’était avancée sur la passerelle de brume, fascinée par cette impression de marcher sur l’eau. Puis elle avait pris en pleine face l’ampleur de la salle. Elle avait pourtant fait des spectacles, mais jamais de cet ordre. Sur des places ou placettes, dans des auberges ou des tavernes. Jamais en robe de soirée. Elle n’avait fréquenté ce genre de choses que quand elle était encore chez elle. Son angoisse monta d’un cran.  Rien n’égalait à ses yeux son art. Rien ne la souciait tant. Pas même un homme dont elle était amoureuse. Cela était une bonne chose. Mais elle était trop nouée pour faire ce constat.

Elle se plaça parmi les artistes et salua Michel qui lui rendit son salut avec amabilité. Il s’étonna de son luth, ne voulant pas croire que c’était là celui qu’il avait abandonné. Mais il ne le prit pas mal. Et Hilizil se dit qu’elle l’avait peut être mal jugé. La suite lui donna raison : Michel était clairement un très bon barde, bien qu’il fut alors fortement imbibé. Le cocktail avait fait des ravages !  Elle écouta et suivit ses conseils, hormis pour ce qui est de faire des pauses. Elle était si décidée à faire bonne impression qu’elle ne s’accorda guère de répit, à tort.

Il fallut gérer de le voir danser avec sa cavalière. Il fallut gérer d’apercevoir la présence du redoutable comte qui, heureusement, ne s’aperçut pas immédiatement de sa présence. Émotionnellement, c’était violent et elle s’accrochait à son art comme si sa vie en dépendait. Michel la rassura sur  sa compétence. Elle lui en fut reconnaissante.

Et puis vint le moment ou il fallut faire ce pourquoi elle était venue : chanter. Michel la présenta et il y eut un flottement. Elle se demanda soudain si le collectif de l’orchestre n’était pas plus confortable.

Elle avait longtemps hésité sur quel chant choisir. Finalement un s’était imposé, de par la découverte de son luth et ses origines elfiques. Elle le chanta donc, la voix vibrante d’émotion, tâchant d’y placer sa douleur, son espoir, la douce violence de sa mélancolie.

Elle ne se rendit compte qu’après que le chant qu’elle avait choisi sonnait comme un adieu à quelqu’un.

Les applaudissements la prirent de court. Elle salua pour qu’on ne voit pas briller ses yeux et se replaça dans l’orchestre, consciente qu’elle fuyait quelque chose, au fond.

Puis l’Alcade parut… ou plutôt ne parut pas.  Hilizil se fit la réflexion intime qu’il avait le sens de la mise en scène. C’était un artiste.

***

Dans l’intimité de l’auberge, à voix basse, deux voix échangeaient leurs idées et réflexions.
«  Vos mots sonnent comme une sombre prédiction.
- Je constate. Mea culpa, je suis la première à y avoir participé [...] Nous sommes dans la même galère, et nous nous bouffons le nez.
[…]
« S’il y’en a que ce lieu peut pousser à fouiner, ce sont bien eux. »


***

Il n’y avait pas trente six mille conclusions. Si ils étaient là, elle devait les trouver et obtenir leur aide...
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MessageSujet: Re: Hilizil Oon'is   Lun 13 Jan - 9:12

Il faut peu de choses parfois pour relever la tête.

Qu’il lui adresse à nouveau la parole avait été un choc presque douloureux. Elle s’était enfermée dans sa chambre pour le digérer. Puis, au cours des jours suivants, elle avait laissé le rapprochement se faire, mais avec circonspection. Et, disons le tout de suite, une certaine crainte.

Puis il y avait eu ce qu’elle désignait sous le vocable « d’accident » : il l’avait surprise alors qu’elle nageait. La gêne avait été intense, de part et d’autres.  Et l’attitude empruntée du jeune homme, n’avait été qu’une humiliation de plus.

Alors elle avait commis la folie. Pas pour le séduire. Elle n’était pas en état de le faire.

Pour lui rendre la monnaie de sa pièce. Pour reprendre le contrôle. Elle était donc sortie du bain, malgré la terreur qu’elle ressentait et s’était avancée en tâchant de se composer une attitude détendue… Elle n’était que peu convaincante.

Mais le but était atteint. Elle l’avait choqué. Ce ne fut que plus tard qu’elle prit la mesure de la chose et une crainte lui vint « avait il vu ? ». Une mise au point fut donc très vite faite. Il semblait que non.  Elle garderait cependant un doute inquiet.

La soirée s’avança. Ils s’amusèrent follement à quatre, Emma, Avi, lui et elle. Les garçons combattirent et Hilizil reprit, malgré elle, l’attitude provocatrice et séductrice qui était ordinairement la sienne. Elle se fit la remarque qu’elle avait rarement paru aussi proche de lui.

Alors qu’en fait, elle n’avait jamais été aussi loin. Elle se sentait toute puissante, avec le contrôle et la capacité de le garder à distance. Elle savait comment faire, maintenant. Et il ne l’approcherait pas. Oh non ! La sirène en elle, cette vérole, qui ne reculait devant rien par instinct de survie se servait de ce qu’elle savait de lui pour créer un espace de sécurité. Paradoxalement par la séduction.  Sa propre humiliation devenait une arme. Ce qu’il y avait de droit en elle gémissait de honte devant de tels procédés mais devait céder devant leur efficacité.

Il  ne se risquerait plus à recréer une intimité, ainsi. Ce serait plus confortable pour elle. La bonne distance était trouvée.

Elle allait s’en sortir. Une part d’elle en éprouvait une immense tristesse. Mais elle avait le contrôle de son destin et quelques larmes seraient un prix bien dérisoire à payer pour cet idéal fou : sa liberté retrouvée.

Elle aurait mal, mais elle pourrait à nouveau rire.

***
Une petite silhouette en brun, sur talons compensés, se glissa au fumoir*. Elle donna un nom au videur qui la laissa passer. Les cheveux d'un marron sale, le maquillage forcé ne donnaient guère l'envie de s'attarder sur ce minois. Elle alla voir si elle avait du courrier. Que dalle.

Il faudrait attendre encore.

*(HRP : j'étais fatiguée, avait confondu fosse aux loups et fumoir. Mea culpa)
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MessageSujet: Re: Hilizil Oon'is   Mer 15 Jan - 12:18

Remise à plat.

L'humiliation, à la fosse aux loups, avait été terrible et elle avait failli sombrer. Il en va ainsi quand toutes vos névroses frappent sans prévenir pour faire la fête sous votre cervelle. Mais une fois, la tempête passée, quand elle fut remise vint le temps de la réflexion. Il faut savoir reconnaitre quand on a déconné. Et elle l'avait fait en beauté.

Elle pensa longuement. Elle s’appliqua à repasser en revue tous les instants de sa vie depuis qu'elle était à Lacustrum et elle en vint à l’impitoyable conclusion que toutes ses mésaventures l’avaient éloignée de ce qui comptait pour elle.

Elle l’aimait. Mais il n’était qu’un rêve. Un beau et triste rêve dont il était temps d’entamer le deuil, si pénible soit il. Il y avait d’autres choses à régler. Bien plus importantes que tous les rêves du monde. Elle avait négligé ce qu’elle devait à chacun. Son amitié envers Avi, une promesse faite au nom de Justine, son art…

La vie lui donna un coup de pouce : Elle avait une rivale. Cela eut désespéré n’importe quelle autre. Mais , si cela lui fit mal, ça l’aida aussi à conserver ses bonnes résolutions.  Et puis ça la rassurait : il ne serait plus seul avec ses souvenirs. Alors elle étreignit fortement celle qui lui perçait le cœur, priant secrètement Hanali de la favoriser et fit présent à Vladimir d’un au revoir silencieux qu’il ne comprit pas. Elle continuerait à l'aider. Mais de loin.

Ils partaient tous en guerre. Oh la voix d’Elzéchior avait bien tenté de la déstabiliser. Mais il avait échoué. Le petit  fantôme était tombé complètement à coté quand à ce qui la préoccupait. C’était là une pensée encourageante.

Elle se sentait étonnamment libérée. Triste, mais libérée. Légère comme une bulle de savon. Et comme la sève s’éveille dans le prime printemps, comme la glace fond, irrémédiablement lui montèrent à la tête les vers par centaines. Les rimes encore boiteuses se bousculaient. Les pieds s’entrechoquaient, les rythmes s’imposaient…

Vite ! Une plume !
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MessageSujet: Re: Hilizil Oon'is   Ven 17 Jan - 11:55

Le cafard s’installait doucement. Est-ce qu’on échappe un jour à ce qu’on a été ? A ses erreurs ? Est-ce qu’on reste condamnée à refaire les mêmes jusqu’à en être laminée ?

Allait-elle prendre le risque d’aller trop loin sur une route qu’elle ne voulait pas emprunter ?

« Ne t’affole pas ». Se répétait-elle. «  Tu as trop vu de porcs dans ta vie et tu t’imagines probablement des choses.  le monde est un vaste théâtre et le quiproquo est un de ses rebondissements préféré. Ce que Vladimir t’a dit ne veut rien dire. La haine de cette femme ne veut rien dire. C’est un faisceau de présomptions. Et la présomption flirte avec le malentendu.»

Elle alluma la pipe d’ivoire et aspira avidement une bouffée. Elle avait une forte envie, depuis plusieurs semaines, de se faire un nouveau tatouage. Un petit, mais bien visible, celui là. Elle eut la vision d’un anneau d’épines..

« Ne t’affole pas et vois ce qui vient. »

Les volutes de fumée s’étiolaient en arabesques bleutées. Rêver faisait du bien. Vider son esprit des mauvais souvenirs et des douleurs passées pour se rappeler le meilleur. Le jeu du soleil à travers les vagues et le passage d’une grande manta au dessus d’elle… Visons onirique et féérique qu’elle avait voulu immortaliser sur sa nuque. Au centre des motifs géométriques, un visage stylisé, comme dominé par la grande pélagique.  Sa façon de conjurer sa monstruosité…

Cela paraissait si loin. Tout paraissait si loin.

« Ne t’affole pas et vois ce qui vient. Sois fluide, adaptable. Il sera toujours temps d'affronter le pire quand il sera vraiment là. »
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MessageSujet: Re: Hilizil Oon'is   Lun 20 Jan - 12:54

L’inattendu qui surgit n’est pas forcément un hasard.  Il est le fruit de tous ces petits détails, de tous ces choix que nous faisons. Elle avait travaillé d’instinct, avait écrit la complainte sans vraiment y penser, guidée par une certitude folle (que d’autres avaient regardés comme éminemment déraisonnable).

Son métier était la clef.

Qu’est ce qui est à la base du travail des  artistes ? Ce sont leurs émotions, leurs interrogations, ce qui compte pour eux. C’est une des raisons pour lesquelles ils sont si souvent autocentrés. En quoi consiste ce travail ? A subir de plein fouet les affects pour ensuite les remâcher, les digérer, les triturer avant que de les recracher, un peu comme une abeille qui ferait son miel à partir d’un vulgaire pollen…

Qu’est ce qu’une œuvre d’art ?  Un conglomérat de peurs, de tristesses, de joies, de pulsions sexuelles et d’interrogations philosophiques, tout cela raffiné, travaillé, jusqu’à ce que quelque chose en ressorte. Le but ? Toucher les autres, qu’ils s’y reconnaissent et s’en servent pour bâtir leur imaginaire. Il a été dit qu’il est un rempart contre la cruauté de la réalité. Si on en use ainsi, on court à la catastrophe. L’imaginaire est un canal. Il sert à gérer les flux d’émotions. Certainement pas à les contrôler, ni à les étouffer.

C’est pourtant ce qu’elle avait toujours tenté de faire. Et c’est pourquoi elle n’avait, jusqu’à son arrivée à Lacustrum, été qu’une barde compétente, sans plus. Ici, elle avait été soumise à de si violents tourments, la forçant à mettre à nu (littéralement !) ses plus intimes faiblesses. Elle avait été dépouillée de son masque.

Et ça avait marché !

Elle savait pourtant qu’il est nécessaire de lâcher prise. Elle en avait parlé avec Chun, une fois. Mais là, elle l’avait éprouvée. Et la peur de remonter sur scène après l’épisode de la fosse aux loups, son trac, sa frustration face à Avi, sa douleur vis-à-vis de Vladimir avaient la même origine : Sa "putain d’obsession" pour le contrôle.

On ne maitrise ni ne contrôle rien : on gère. On fait avec. On ondoie, serpente, ondule. On suit le fil de l’eau. Seul son orgueil lui avait fait croire qu'elle pouvait faire le contraire. La suprême ironie est là : On n’est maitre de sa vie qu’en acceptant de ne pas l’être.

Oh elle ne changerait pas du jour au lendemain. Mais maintenant elle comprenait au moins ce qu’elle devait combattre en elle.

« Merci Elzéchior. Tu m’as rendu un fier service et je ne l’oublierai pas. Je vais essayer de comprendre qui tu es maintenant. Je te le dois. »
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MessageSujet: Re: Hilizil Oon'is   Jeu 23 Jan - 9:39

"Que se passe-t-il ?"

En déshabillé, assise sur son lit, elle se le demandait. Était ce la conversation avec Alis, était ce la vue d’un Vladimir perturbé (Du coup, elle aussi.) ? Était ce les beshabes ? Ou Beaumarchais ?

Il y avait quelque chose qui n’allait pas. Une dissonance, une vibration boiteuse qui lui donnait l’impression d’une catastrophe à venir.
Elle le ressentait intimement. Chaque être a sa mélodie propre, une harmonie elle-même petit bout de la grande musique universelle. A chacun de ceux qu’elle côtoyait, elle aurait pu allouer un instrument qu’il lui évoquait dans sa façon d’être. Elle aimait bien ce petit jeu.

Bien sur, les gens sont des paradoxes sur pattes. Et donc, souvent, il y avait des fausses notes. Mais là, le souci, c’est qu’elle ne parvenait pas à mettre le doigt sur ce qui n’allait pas.

"Peut être est ce moi ?"

Elle s’étira de tout son joli petit long et ses yeux tombèrent sur le miroitement qui lui était, depuis quelques mois, devenu familier. Les écailles de ses hanches lui étaient venues bien avant que la brume ne l’amène à Lacustrum. Leur apparition progressive s’était déroulée sur quelques semaines. Puis leur progression avait ralenti pour cesser tout à fait. Pour ce qui est de leur aspect, dans un premier temps, il n’avait pas varié : c’était de toutes petites choses régulières, arrondies, brillantes et grises.

Mais au fur et à mesure que le temps passait, elles changeaient de couleurs. A l’instant qui nous occupe, un dégradé ravissant de bleu vert et d’argenté. Cela ne lassait pas d’intriguer la jeune fille qui se demandait si tout cela était bien normal. A supposer que posséder des écailles sur les hanches puisse être considéré comme « normal ».

"Ici, nous ne vieillissons pas. Ce n’est donc pas la conséquence du temps qui passe."

Elles réagissaient à quelque chose. Ses émotions ? Non. C’était trop lent. Et puis elle n’avait jamais l’idée de les regarder quand elle en éprouvait une. Non c’était un changement sur la durée. Même si dernièrement, cela semblait stagner.

Elle se promit d’y porter plus d’attention. C’était son corps. Elle devait le comprendre, à défaut de l’aimer.
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MessageSujet: Re: Hilizil Oon'is   Lun 27 Jan - 7:05

"Tu es douée, intelligente, sensible.

Pourtant, tu as toujours su, mieux que personne, te créer tes propres barrières. Te fabriquer tes propres drames.

Tu y mets un soin patient. Tu t’arranges pour te saboter les moindres chances de succès. Parce que tu as peur de la réussite, sur ce plan là, du moins. Tu as érigé la maladresse sentimentale en art majeur.

C’est limite pathologique.

Jusque dans tes choix. Pourquoi tu choisis systématiquement les mecs impossibles ? Avoue-le : S’il t’avait dit « oui », tu aurais été bien embêtée. Tu aurais fui à toutes jambes. Ou tu te serais arrangée pour tout foutre en l’air. Tu le sais. Pas de façon pleinement consciente (quoique si… maintenant tu en es consciente), mais tu le sais.

Tu as un océan de problèmes. Et « il » n’est que l’un d’entre eux. Pas le pire. Juste le plus révélateur, juste celui qui met en exergue les autres.

Bon, celui qui te fait le plus mal, aussi. Quoique, un autre le talonne de près. Plus épineux encore, et ou tu as bien plus à perdre. C’est cela en fait qui t’a faite fuir : la prise de conscience qu’il fallait te protéger parce que tu as quelque chose encore à perdre.

Comment vas-tu t’y prendre, cette fois ci, pour tout gâcher ?"

L'elfe rouvrit les yeux.
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MessageSujet: Re: Hilizil Oon'is   Mar 28 Jan - 11:25

« Il s’est révélé assez irresponsable. Je ne pense pas qu’il aurait eu la capacité de changer quoi que ce soit.
- Pourquoi est il parti, Nienna ?
- Je ne sais pas. Personne n’a jamais compris ce qu'il s'était passé.
- Je veux savoir.
- Mon enfant, il est des questions auxquelles on n’obtient jamais de réponse. Il faut savoir l’accepter et continuer à vivre avec elles. Malgré elles. »


L’elfe rouvrit les yeux, tandis que sa méditation prenait fin. On était au milieu de la nuit. Lacustrum bruissait de ses habituelles rumeurs nocturnes. Elle resta songeuse un instant.

Une possibilité s'offrait qu'elle n'osait pas verbaliser. Est ce que ça changerait quelque chose ? Oui...et non.
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MessageSujet: Re: Hilizil Oon'is   Ven 31 Jan - 11:41

Journal d’Hilizil Oon’is, extraits.

« Jamais je n’aurais cru être un jour soulagée de ce qu’un homme manifeste la possibilité d’avoir à me tuer.  Pourtant je le suis. Les relations avec le Comte se « normalisent », si l’on peut dire, dans la mesure où une certaine ambigüité est levée. La crainte d’être sa proie me parait plus saine que celle d’être…l’objet de son « affection ».

[…]

Si je devais désigner un être qui incarne au mieux pour moi le masculin agressif, ce serait le Comte sans la moindre hésitation. Maintenant que je n’ai plus peur, je ressens à nouveau ma fascination initiale pour ce grand fauve…
[…]

Sa proposition m’a laissée, sur le coup, pantoise. Est ce bien ce que j’imagine ? Peut être que je me fais des idées.  Je n’ai jamais caché mon intérêt pour les arts graphiques. Me parler de cette toile est donc tout à fait cohérent. Mais je ne puis m’empêcher d’y trouver des sous entendus qui ne me plaisent guère…

Qu’est devenu l’artiste qui l’a peinte ?


[…]

Je sais maintenant qui est Elzéchior et j’ai décidé d’entamer la rédaction de son histoire. Il va me falloir juste prévoir de la place pour la fin à venir. Lindi est chamboulée. J’essaie de ne pas m’impliquer émotionnellement. Mais voilà, entre Elzéchior et moi, c’est devenu personnel aussi. Mais bon. Mon instinct n’est pas trop pourri : il voulait vraiment nous dire quelque chose.

Je ne puis pas décemment en vouloir à Bogatyr. Il a agi en fonction de ce qu’il savait  et pouvait juger raisonnable.

[…]


Trois jours déjà et le manque s’est installé. Je me sens terriblement seule. Et comme de fait exprès, c’est maintenant que j’aurais besoin de toi, mon ami, avec tout ce qui m’est tombé dessus. Je n’ai pas revu Alis. Je ressens pourtant le besoin de parler de toi à quelqu’un qui t’aime, malgré la gène.  Je me sens vulnérable en ta présence mais bien plus encore quand tu n’es pas là.

La tempête gronde sous mes veines et le Capitaine est loin. Mes instincts les plus dangereux refont surface. Il ya en moi une prédatrice qui a faim. Ô Valkur, ne retiens pas trop longtemps mon ami. »
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MessageSujet: Re: Hilizil Oon'is   Lun 3 Fév - 11:08

La limite, elle s’y raccrochait plus qu’elle ne se l’avouait. On lui avait dit qu’elle possédait l’immense qualité d’assumer ce qu’elle ressentait. On oubliait que la faculté reine des bardes est l’imagination et qu’elle vous rend particulièrement apte à nier les évidences.

Ses réactions étaient terriblement transparentes. Elles hurlaient ce qu’elle-même refusait d’admettre. Il avait mit une frontière. Elle avait, de son coté, érigée une barrière de ce qui lui était le plus familier : les mots. De jolis mots virevoltant et tournoyant qui évoquaient les choses sans les dire. Des mots qui brûlaient la peau pour ne pas laisser s’échapper ceux qui lui brûlaient la gorge. Parce que c’est plus facile de faire mine d’ignorer, je jouer à l’innocente,  de ne surtout pas prononcer la phrase fatidique.

La peur de la perte définitive était un puissant moteur.

Enfin si, elle avait été dite, une fois, mais noyée  dans un reproche comme on noie le poisson, de telle façon que son sens était devenu autre. Quand la barrière était devenue trop fine, quand il était évident que l’ambigüité risquait de la faire basculer de l’autre coté, elle s’était raidie de toutes ses forces pour la rétablir, la renforcer. Et c’était passé inaperçu. L’aveuglement volontaire avait repris. Il  n’y avait plus rien à craindre, pensait-elle. C’était dit sans être dit. Chef d’œuvre de triche !

Personne n’était dupe sauf elle, peut être. Et lui ? Elle n’y pensait pas, elle ne voulait pas savoir. Chaque fois qu’il laissait échapper quelque chose de trouble, la terre s’ouvrait sous ses pieds et la question de la fuite se posait. Qu’il se taise !

Elle agissait alors comme la brume qui estompe les silhouettes sans pour autant les supprimer. Ses mots estompaient les émotions, les rendaient floues, indistinctes. Et elle se rassurait ainsi, à coup de mots devenus trop petits pour les sentiments qu’ils calfeutraient, entretenant la confusion.

« C’est mon meilleur ami. »
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MessageSujet: Re: Hilizil Oon'is   Mar 4 Fév - 11:36

Journal d’Hilizil Oon’is, extraits.

"Partis pour payer ma dette envers Ophélie, Avi et moi avons été finalement embringués dans tout autre chose par ce fantôme. Très jalouse d’une ancienne amie à elle prénommée Sylvie qui avait trouvé un « hôte » permanent,  une pauvre gosse, elle désirait qu’on l’en chasse et la renvoie. Avi avait des doutes sur le potentiel de réussite totale : la gamine était très jeune et risquait de mourir lors de l’exorcisme. Sur le coup j’ai accepté. Puis, en chemin, je me suis demandée si  je n’aurais pas du accepter la possession, tant s’occuper du cas de cette enfant me paraissait une lourde responsabilité.  Pour mon cher ami, par contre, c’était tout vu.

Je n’aime pas les mioches. Mais ils sont des créatures sacrées. Certes ici, on peut se demander si ces règles doivent encore avoir cours, vu qu’ils ne grandiront jamais et que leur potentiel ne se révélera donc pas. J’ai tendance à penser que oui. Nous changeons déjà trop nos habitudes de par les étranges règles de ce monde. Je me demande jusqu’ou des êtres comme Tzarov ne sont pas issus de cette perte des repères.

Les pauvres parents craignaient que les gardes leur enlèvent leur fille et ça a joué en notre faveur : ils étaient disposés à accepter toutes les alternatives.

En fait, très vite, il a fallu se rendre à l’évidence, Sylvie n’était pas disposée à sortir de ce corps qu’elle épuisait sans une excellente raison. Et l’âme de la fillette  risquait d’être souillée si elle venait à mourir. J’ai pris alors l’unique décision qui s’imposait : il fallait un corps d’adulte, sur lequel Avi pourrait pratiquer son exorcisme.  J’ai soigneusement pesé mes mots. Surtout, ne s’engager que pour soi, exiger que la gamine survive à ce « déménagement ».

Avi eut un moment de refus total, je le pris à part et ne prononçais qu’une phrase…
«  Avi, je ne promets QUE pour moi. »

Et je priais pour qu’il comprenne le sous entendu. Je réalise à quel point tout mon plan se résumait à la confiance que j’ai en lui. Il comprit, sortit. Je sentais les tensions qui l’habitaient.

Elle sortit du corps de la gosse qui tomba, épuisée, la peau encore marquée de stigmates. Les dieux aient pitié d’elle et fasse en sorte qu’elle ne se souvienne pas de cette horreur.  J’entendis une voix qui se moquait de ma bêtise, juste derrière moi. Un brin de colère fusa en moi. « Entre donc, vérole, et vois qui est sotte… » Pensais je. Mais je ne montrais rien de ces virulentes pensées…

Mes souvenirs quand à la suite sont indescriptibles. C’était pire qu’Ophélie ! Le même froid glacial, mais plus violent encore. Je ressentais pleinement la malfaisance de cet être, sa haine, sa malignité… Dans ce maelstrom de tourments, je me souviens vaguement d’Avi m’immobilisant d’un sort avant de m’attacher et de me bâillonner. Il savait quoi faire…

[…]

Le bercement était doux et ça sentait fort le bois. Je me sentais faible, comme faite de chiffons rapiécés. Un « floc floc » mêlé de grincements m’indiqua ou j’étais : un bateau. Mais pas une gondole, c’était plus petit, plus léger… une barque. Des quelques mots que j’ai prononcé alors, juste après avoir repris conscience, je n’ai plus un souvenir clair. Mais je me souviens de la présence chaude, rassurante de mon ami.

[…]

Mais maintenant, remise, j’ai peur. Et je me sens coupable. Elle ne mérite pas cela. Les raisons qui nous ont poussées vers nos carrières respectives se ressemblent.  Je n’ai aucune envie de lui causer un préjudice et encore moins un de cette ampleur.

J’ai préféré  me faire souffrir de la perte d’un rêve que de voir l’énorme claque qui me pendait au nez. Pourquoi a-t-il fallu que je sois aussi stupide ?

Et maintenant je le place dans une situation intenable. Je ne suis vraiment pas un cadeau."
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MessageSujet: Re: Hilizil Oon'is   Mer 5 Fév - 12:48

La chambre n’était pas grande. Elle ne pourrait pas s’exercer. De toute façon, elle n’y arrivait pas. Il faudrait, avant toute chose, régler le souci de cette cheville.

Si ces dernières années un prêtre venait  tout les dix ou douze jours à Aiguemer pour ramener à la triade les brebis égarées, à l’époque de « l’accident », il était même rare qu’on en voit un par mois.  On avait donc été chercher un berger local qui savait bien régler les soucis avec les pattes des chèvres. Une gamine n’est pas une chèvre. Mais il fallait lui rendre hommage sur un point : Hilizil ne fut pas impotente grâce à lui.

Cela dit, certains mouvements ne lui étaient plus possibles sans douleur. Elle ne pouvait plus prétendre à postuler comme « petit rat » à l’Opéra  National de Suzail. Le prêtre, pas très futé, qui eut connaissance de la chose par la suite ne jugea pas nécessaire de repasser par-dessus une guérison pour quelque chose d’aussi futile que le rêve d’une petite fille. Et comme cette enfant était perfectionniste et qu’elle avait une très haute idée de ce qu’était l’art de la danse, elle préféra renoncer.

Officiellement, elle ne savait pas danser.  Mais en vérité, elle ne savait pas comme elle estimait devoir savoir pour pouvoir appeler ça « danser». La musique lui donnait toujours l’envie de remuer son joli popotin, mais elle se bridait.

Depuis, elle avait découvert que cet art ne se résumait pas au ballet classique. Elle n’avait guère d’estime pour les cabarets :  «  De bonnes professionnelles mais on ne leur demande pas de faire de l’art.  Il n’ya pas de défi à relever. Même avec ma cheville j’y arrive sans mal.» Avait-elle confié à un client de l’auberge du canal. Elle était par contre très intéressée par les danses traditionnelles calimshites. Son œil exercé y reconnaissait, sous les oripeaux de  danse « exotique » une haute technicité.  Et elle respectait la technique.

Elle s’installa sur le lit et fit le bilan. Elle ne le trouva pas brillant. Certes, elle avait frappé un grand coup le jour du bal. Mais depuis, sa carrière stagnait alors que techniquement, elle ne cessait de progresser. En parallèle de sa magie bardique qui s'épanouissait comme jamais, son art s'affirmait. Son style devenait reconnaissable. Il fallait remonter sur scène et rapidement. S’isoler un peu l’aiderait à retrouver la contenance nécessaire, loin de ses divers soucis. Elle devait chasser toute autre considération de son esprit. Oui, même « Lui », même sa crainte du comte, sa culpabilité larvée et ses doutes.

Son métier n’était il pas un refuge ?
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MessageSujet: Re: Hilizil Oon'is   Ven 7 Fév - 10:04

Journal d’Hilizil Oon’is, extraits.

J’écris en ce moment depuis l’île de la nuit. Je ne me suis pas risquée dans les terres sans la couverture de l’invisibilité. Leur beauté trouble m’a laissée sans voix. Il ya quelque chose de ce que j’ai lu sur les anciennes terres elfiques. Il faudra que j’en parle avec le Sieur Nataell. Je crois même avoir aperçu des parterres de Niphredil. Mais peut être est ce mon imagination qui s’emballe. Y aurais je croisé le févert*  ou vu  quelque dryade que je n’en eus pas été étonnée.

[…]

J’éprouve le souverain besoin de m’éloigner du centre de mes pensées, tant il m’est  doucement douloureux. Notre dernière conversation m’a laissée un goût mêlé de miel et d’amertume. La flamme est d’autant plus vive qu’il sait me mettre à la torture d’un mot.  Ma honte reste entière et je ne trouve d’excuse à ma conduite que dans l’état de faiblesse extrême qui était le mien. Quand on manque de se noyer, on ne se demande pas si la planche que l’on trouve est à quelqu’un.

Je me rends compte que je lui en veux un peu et ne puis y penser sans me mordre les lèvres au sang. j'aurais du ne jamais le lui dire. Jamais.

[…]

J’ai répondu au Comte par lettre. Il a fallu peser mes mots soigneusement.   Avoir l’air d’être intéressée mais pas aux abois est tout un art, surtout quand votre interlocuteur vous donne l’impression d’être un steak sur pattes. Par bonheur une part non négligeable de ses réactions sont en rapport avec le fait qu’il soit aristocrate.  Les codes de la noblesse me sont encore suffisamment familiers pour que je sache en jouer. Mais je suis quelque peu inquiète quand même. Une lettre demeure une chose éminemment personnelle, même quand elle est d’une formalité parfaite.  Et j’ai beau être d’ascendance noble, je ne suis, aujourd’hui, qu’une petite musicienne de rue.

En même temps, j’ai l’impression que le Comte ne déteste pas les gens orgueilleux. Reste que je me demande toujours pourquoi je lui serais sympathique et ce qu’il a pu lire en moi. Car connaissant maintenant un peu le personnage, cela ne me lasse pas de m’inquiéter.

[…]

En fait, je veux savoir qui il est. Cela me fascine et m’inquiète.

_______________________________________________________________________________
( HRP : Sur le févert, http://aupaysdemelusine.blogspot.fr/2008/04/le-fvert.html)
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MessageSujet: Re: Hilizil Oon'is   Sam 8 Fév - 14:24

« Règle numéro 1 : Ne montre pas qui tu es à qui n’a pas gagné ta confiance.»
Exagérer, jouer de ses défauts, les mettre en scène. L’elfette était comédienne. Même si ces derniers temps, elle arborait une réserve prudente vis-à-vis d’autrui, car les derniers événements l’avaient laissée épuisée sur le plan émotionnel. Jouer était plus difficile. Mieux valait user de la discrétion.

«  Règle numéro 2 : N’oublies pas qui tu es, ni d’où tu viens. »
Elle était une Oon’is. Et les Oon’is sont des seigneurs, liés à la mer de par le sang. Celui qui coule et celui qu’ils ont versé pour défendre leur fief.

«  Nous sommes nobles »  avait été la première leçon que Nienna lui avait faite.  Elle n’avait compris que beaucoup plus tard qu’elle était en fait la plus importante :

« Nous sommes nobles. C'est-à-dire que le sort nous a favorisés en nous faisant naitre au sein d’une maison ou la faim ne nous atteindra pas.  Tu côtoies des gens, au village, dont le sort est infiniment plus fragile que le notre. Ils sont faibles et nous sommes forts. Ils sont  pauvres et nous sommes riches. Ils sont illettrés et nous avons accès au savoir. Tout ceci ne fait pas le mérite,
car tout ce que nous possédons ne nous rend que plus redevable à cette communauté. Le mérite n’est pas autre chose que ne pas manquer à nos devoirs envers elle. Voire d'y mettre un certain enthousiasme. »


« Règle numéro 3 :  Il n’y a pas de liberté sans responsabilité. Et la responsabilité doit être pensée à long terme. »
Elle était artiste de rue. Pas de patron. Si elle échouait, elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle. Si elle réussissait, c’était également sa réussite. Être seule signifiait ne pas pouvoir se défausser de ce qui merdait. Même au sein d’un groupe d’aventuriers, elle restait à part, même si elle faisait un effort de coopération. Hilizil croyait aux vertus de la solidarité, mais elle était une solitaire individualiste. Etrangement elle ne voyait pas cela comme un obstacle à une vie sociale. Juste comme un élément à prendre en compte et dont il lui fallait accepter les conséquences : une plus grande vulnérabilité.


« Pourquoi est il parti, Nienna ? »


Toute sa vie elle avait pensé que son père était un raté.  Qu’il avait fui ses responsabilités. Bien sûr, même enfant, elle avait perçu les bizarreries de l’histoire. Comment cet elfe au tempérament passionné, déterminé, comme l’avait confirmé Tzarov, qui avait bataillé contre les siens pour épouser sa cousine, avait il pu la laisser ensuite seule et enceinte sur une route ?  En l’absence de toute autre explication, on s’en était tenu à l’hypothèse de l’abandon de famille. Et ce d’autant plus que certains, au sein du clan, avaient détesté cet esprit artiste et farouchement indépendant. Mais depuis qu’elle avait mis les pieds à Lacustrum, elle ne pouvait plus se voiler la face : ça ne tenait pas.

Falathar Oon’is avait donc parcouru l’Antemonde. Ou était-il ?

Alors que son présent basculait dans l’inattendu, son passé se remodelait. Nienna et Singollo s’étaient lourdement trompés : ils avaient condamnés sans savoir. A quoi se raccrocher quand les gens éminemment justes, ses modèles, se révélaient avoir commis une injustice ?

Comment rester ferme et digne quand la terre tremblait sous ses pieds ? Était ce le moment pour résister à la tentation de se jeter pleine et entière dans une passion dont elle craignait de ne pas ressortir indemne ? Dans ce contexte, se rappeler ses principes ne l'aidaient plus beaucoup. L'horizon était bouchée, elle naviguait à vue.
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MessageSujet: Re: Hilizil Oon'is   Dim 9 Fév - 9:28

« Il m’a menti. »

C’était évident. On n’arrive pas à un certain âge sans savoir ce qu’on ressent au juste. Surtout quand on est prêtre. Donc il lui avait menti. Il avait profité de ses sentiments.

« Il m’a trahie. »

Elle lui faisait confiance. Il connaissait son passé. Il l’avait pourtant baladée, bousillée, bien comme il fallait. Il avait foulé au pied tout ce qui avait existé entre eux. Pourquoi au juste ? Par ennui ?  Les excuses pitoyables qu’il lui avait données lui en rappelaient d’autres toutes aussi pitoyables. La mauvaise foi masculine était remarquable dans son manque total de créativité. Rester son amie ? Mais l’avait il bien regardée ?

Il n’avait donc pas compris QUI elle était ?

Elle était Hilizil Oon’is, héritière d’une longue lignée de seigneurs. Et si la déchéance l’avait un jour frappée, elle était terminée. Elle était le millier de vagues qui emportent tout sur le passage. Et si il y avait bien une chose qu’il allait apprendre c’est que NON ! On ne pouvait pas se foutre d'elle, se servir d'elle comme d'un jouet et espérer demeurer son ami.
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